CHAPTER 1

Tu es sale, on te regarde te débattre en vain, tu frottes, tu frottes, à t'en faire saigner le corps, d'ailleurs il a une drôle de couleur, bleutée. Tu respires fort, tu vomis l'air, tu fais un boucan pas croyable, jette toi contre les murs tant que l'on y est, quitte à faire dans l'indécence, exprime toi jusqu'au bout de ta cervelle. Tu l'as voulu près de toi, il t'a fait jouir comme personne, ses doigts t'arrachaient des cris aigus, et des souffles lasses, il te réduisait au silence avec sa langue qu'il enfonçait loin dans ta gorge, t'aimais déjà ça, tester tes limites. Et là, tu convulses sur le carrelage froid, les ongles d'une main bien plantés dans ton tibias, et ceux de l'autre blessant l'intérieur de tes cuisses. Recroquevillée, tu tentes de te protéger de notre jugement, de nous faire croire que la victime dans tout ça, c'est toi, toi et tes cheveux dégoulinant de sueur, la bave collant ton menton, coulant sur tes seins. Dis nous, qu'est ce qui a changé depuis son départ ? Oh on est entre nous, parle sans détours, on t'a vu dans des états pire que ça, rappelle toi, t'as salie nos chaussures plus d'une fois, et certains hématomes qui marquent tes bras sont notre oeuvre. Quoi ? Ah,son odeur, ses mots, sa voix ont laissé un vide. Nous on gobe pas ce genre de réplique à l'eau de rose, ton coeur est en pleine débâcle, tu es à nue n'essaie pas de cacher le laid, nous on s'en nourrie, alors vas-y, dis nous pourquoi il te manque.

"Il me faisait souffrir comme personne"

Ah, c'est donc ça.


# Posté le vendredi 03 octobre 2008 14:37

CHAPTER 2

Tu te sens affolée à la vue des souvenirs qui s'amoncellent entre tes draps, tu voudrais mettre un terme à ses allers et venus incessants, dans ton corps, dans ta vie. Tu te perds, un peu plus à chaque retour, tu ne te reconnais plus, et tu t'en fous.Tu sais bien qu'il franchi le seuil de ta chambre pour mieux repartir, faire plus mal, comme si te voir dans cet état ne lui suffisait pas. A priori il a pourtant déjà fait assez de dégats, tu n'es plus si jolie, tes yeux ont un quelque chose qui ne colle plus avec l'ensemble, un air dépassé, résigné, au pire. On récupère un bout de femme en morceaux, à l'étroit dans ces copeaux de chair qu'il a bien voulu lui laisser. Faut dire que l'on t'a connu plus battante, la poitrine bombée, une démarche assurée, tu croyais en toi, tu te sentais bien. Et il a mis son grain de sel dans ton trop plein de confiance, il a tout emporté, ton estime et ton coeur en prime. Ce qui reste est bousillé, bon pour la casse, tu as l'apparence d'une poupée brisée, trop usée pour valoir le coup. Faut dire, qu'il en a bien profité, tu lui as tout donné, surtout ton corps. Quand il en a eu assez, il te l'a dit, il n'a même pas pris la peine de mentir ; te protéger, c'était trop lui demander.


""Envie de changement, tu me lasses,
tu m'ennuies, j'étouffe avec toi,
Je veux tester d'autres choses,
d'autres femmes. Je reviendrai plus tard,
Je sais que tu m'attendras
Tu as besoin de moi."
"

Et tu as attendu.


# Posté le samedi 04 octobre 2008 14:03

CHAPTER 3

Rappelle-toi du début, des premiers jours, des premières nuits, presse fort les paupières à t'en faire trembler les cils, et rappelle toi. Ce premier soir. Tu avais cette paire de talons haut, et cette robe un peu trop échancrée. Tu avais mis du coeur à l'ouvrage puisque le tout rendait bien, quand on sait que sous la poudre colorée ta peau n'est pas si belle, on ne peut qu'apprécier. Un foulard noué autour du cou, tu faisais dame, dame en peine, dame prête à tout pour se dégoter une "situation", mais dame tout de même. Après tous ces déboires, et ces mauvais numéros, tu espérais tomber sur un gars bien, généreux, qui metterait la main à la poche pour t'offrir de jolies choses. Tu n'en demandais pas tant, finalement. On ne va pas s'attarder sur tes jambes nouvellement et joliment halées pour cette grande occasion, ni même sur les sous-vêtements choisi avec soin quelques heures plus tôt dans une boutique chic et prisée. Tu avais belle allure, on ne peut pas le nier. Un dernier coup d'oeil jeté à ton reflet dans le hall de l'immeuble : tu te mordais les lèvres dans une attitude provocante étudiée avec soin. Et nous on sait que tu étais heureuse à ce moment là, on te connait bien, ton coeur battait vite. Tu souriais, te rajustais, mettais à mal les plis de ta robe noire. Tu souriais encore et encore à la vitre crasseuse : C'était le rendez-vous, le rendez-vous de ta vie,
Celui d'une femme prête à tout,
On n'a pas oublié.

Il t'attendait.

Rappelle-toi, et sans pleurer,
On est là.

# Posté le dimanche 05 octobre 2008 12:38

CHAPTER 4

Ni appel, ni visite. Tu n'as plus la tête à ce que tu fais, tu revis sans cesse cette étreinte, tu resens la pression de sa peau sur la tienne, tu te perds dans ce souvenir. Tu te demandes ce qui ne tourne pas rond chez toi, ce qui fait que tu n'es pas le genre de femme qui "donne envie". Envie de t'aimer, envie de te protéger, envie de te faire jouir des heures. Les clients dans la boutique voient déjà tes larmes arriver, tu éclates en sanglot, on t'offre un mouchoir : "ne soyez pas triste Mademoiselle". On n'a pas idée de se mettre dans des états comme ça à la simple pensée de ne pas trouver chaussure à son pied. Tu finiras seule, il n'ya pas de quoi s'en faire. Tu te dis que tu en as assez d'être toi, que tu ne te supportes plus, que quitte à avoir un boulot de merde, une vie sentimentale de merde, il vaut mieux tout arrêter là. Mais où ? Dans ton appartement minable que tu as redécoré avec peine, avec sur les murs les photos des hommes que tu n'as pas su garder. Soyons sérieux, tu peux trouver mieux. Tu quittes le travail plus tôt que prêvu pour cause de mal être chronique, arrivée chez toi tu t'affales entre les draps. Quelques heures plus tard tu vomis, vomis tes rêves, et tes désillusions, avant de t'apercevoir que tu as un nouveau message :

C'est Yann, rappelle Moi à ce numéro.

Tu t'essuies le coin des lèvres,
et tu souris. Regarde toi,
T'en as aussi dans les cheveux.

# Posté le dimanche 05 octobre 2008 12:53

CHAPTER 5

Cet appel va bouleverser ta vie, te salir, mais tu ne le sais pas encore.
Les soirées s'enchaînent, les nuits surtout, il s'avère être le genre de type difficile à rassasier : il en veut toujours plus, et donne de moins en moins. Tu as la désagréable impression que quelque chose ne colle pas, que tu t'égares dans un chemin duquel tu ne pourras peut être plus t'extirper. Mais tu fais faux bond à ton mauvais esprit, tu le rejettes dans un coin sombre de ta cervelle. Alors pour ses beaux yeux, tu acceptes de faire ce qui te révulse, et regrettes une fois l'action terminée ce rôle de fille facile qu'il t'a fait endossé. Il n'a jamais laissé échapper un je t'aime, ni murmuré dans le creux de ton cou, ni hurlé au moment de la jouissance. Il n'a jamais dit qu'il tenait à toi, ni même qu'il te trouvait jolie. Et pourtant, tu te contentes de ce qu'il veut bien te laisser, ces instants violents où ton corps a mal.
Les semaines passent, tu ne sais plus vraiment ce qui te déplaît ou non, pourquoi tu restes malgré la saleté qui s'amasse sous ta peau. C'est une habitude à prendre, et puis, il a de l'argent, et puis, il est beau, et puis quand on tient un homme de sa classe entre ses cuisses, il ne faut pas le laisser filer. Parfois tu aimerais revenir en arrière pour comprendre à quel moment tu n'as pas su négocier ce virage, ce virage qui t'aurait permis d'éviter de passer à côté de ta vie.

On t'épargnera les "on te l'avait bien dit",
Même si .. On te l'avait bien dit.

# Posté le dimanche 05 octobre 2008 12:56