Rappelle-toi du début, des premiers jours, des premières nuits, presse fort les paupières à t'en faire trembler les cils, et rappelle toi. Ce premier soir. Tu avais cette paire de talons haut, et cette robe un peu trop échancrée. Tu avais mis du coeur à l'ouvrage puisque le tout rendait bien, quand on sait que sous la poudre colorée ta peau n'est pas si belle, on ne peut qu'apprécier. Un foulard noué autour du cou, tu faisais dame, dame en peine, dame prête à tout pour se dégoter une "situation", mais dame tout de même. Après tous ces déboires, et ces mauvais numéros, tu espérais tomber sur un gars bien, généreux, qui metterait la main à la poche pour t'offrir de jolies choses. Tu n'en demandais pas tant, finalement. On ne va pas s'attarder sur tes jambes nouvellement et joliment halées pour cette grande occasion, ni même sur les sous-vêtements choisi avec soin quelques heures plus tôt dans une boutique chic et prisée. Tu avais belle allure, on ne peut pas le nier. Un dernier coup d'oeil jeté à ton reflet dans le hall de l'immeuble : tu te mordais les lèvres dans une attitude provocante étudiée avec soin. Et nous on sait que tu étais heureuse à ce moment là, on te connait bien, ton coeur battait vite. Tu souriais, te rajustais, mettais à mal les plis de ta robe noire. Tu souriais encore et encore à la vitre crasseuse : C'était le rendez-vous, le rendez-vous de ta vie,
Celui d'une femme prête à tout,
On n'a pas oublié.
Celui d'une femme prête à tout,
On n'a pas oublié.
Il t'attendait.
Rappelle-toi, et sans pleurer,
On est là.
On est là.